Discours de Mara Epuras

Présentation…
Vous êtes-vous déjà demandé ce que signifie de ne pas avoir un endroit où rentrer chez soi… non pas parce que vous ne le voulez pas, mais parce que la peur vous y attend?
Comme je l’ai déjà mentionné d’autres fois, je travaille en tant qu’assistante sociale au Centre Maternel Sainte-Hélène, à Valea Lupului, dans le département de Iași. Un lieu qui prouve qu’une petite communauté peut accomplir quelque chose de très grand : sauver des vies. Ici arrivent des mères en situation de crise, des femmes enceintes sans soutien, des mères avec des enfants qui fuient des relations marquées par l’abus et la peur, des femmes qui, tout simplement, n’ont plus de logement. Et, la plupart du temps, elles n’arrivent pas seulement sans toit… elles arrivent sans confiance, sans sécurité, sans espoir.
J’ai rencontré une mère de 33 ans, avec quatre enfants. Pendant 11 ans, elle a vécu dans une situation d’abus. Lorsqu’elle est arrivée chez nous, elle était hésitante, effrayée, et parfois il était difficile même de communiquer avec elle. C’était le genre de personne qui s’excuse… même lorsqu’elle n’a fait rien de mal. Mais pour la première fois… elle n’était plus seule. Nous avons été à ses côtés — dans le processus de divorce, dans la lutte pour les droits des enfants, dans la recherche d’un logement, même si peu de propriétaires acceptent une famille avec quatre enfants. Nous avons été là aussi dans les petites choses : quand il fallait aller à l’école avec les enfants, chez le médecin, ou simplement lorsqu’elle avait besoin de quelqu’un pour l’encourager à ne pas abandonner. Cela a été difficile. Mais possible. Aujourd’hui, elle vit en location avec ses enfants, elle subvient seule à leurs besoins, elle a du travail et se débrouille… et, peut-être le plus important, elle a appris à avoir confiance en soi. C’est l’un des rares cas avec une fin aussi heureuse. Mais c’est précisément pour cela que c’est si important. Parce que cela nous montre que le changement est possible… lorsque quelqu’un est là, au bon moment.
De notre expérience avec les mères en situation de crise, nous avons compris une chose simple : une mère n’a pas seulement besoin d’un toit au-dessus de sa tête. Elle a besoin de personnes. Elle a besoin de spécialistes, d’une communauté, d’un soutien réel et d’un lieu sûr où elle peut commencer à reconstruire sa vie. Grâce au soutien, au conseil, à l’aide concrète, à l’accompagnement, leur perspective commence à changer. Elles commencent à avoir davantage confiance en elles, à voir qu’il existe une alternative pour l’avenir et, peut-être le plus important, à sentir qu’elles ne sont plus seules. Et cela change tout. C’est cela, en réalité, la solidarité dont nous parlons aujourd’hui : ne pas seulement dire que l’on est pour la vie, mais être véritablement à ses côtés, là où c’est le plus difficile.
Le Centre Sainte-Hélène offre précisément cela : conseil, soutien, sécurité et une véritable chance d’un nouveau départ. Mais de tels lieux n’existent pas par eux-mêmes. Ils existent parce que des personnes choisissent de ne pas rester indifférentes — par le bénévolat, par les dons, par l’implication. Si l’on se réfère au thème de la Marche pour la Vie, cela signifie une solidarité réelle avec la mère et son enfant, pas seulement au niveau des mots. Cela signifie être aux côtés non seulement de l’enfant à naître, mais aussi des peurs, des traumatismes et des incertitudes d’une mère. Cela signifie offrir du soutien là où il y a de la vulnérabilité. Chez nous, à Valea Lupului, il a été prouvé que c’est possible. Une petite communauté a réussi à construire et à soutenir un centre maternel fonctionnel. Cela montre que le changement ne dépend pas de la taille, mais de l’importance que l’on accorde aux choses. C’est pourquoi, si nous voulons vraiment être aux côtés de la mère et de l’enfant, nous avons besoin de plus : plus de soutien, plus de centres de ce type et plus de personnes prêtes à s’impliquer. Parce que la solidarité n’est pas un slogan, mais un choix que nous faisons chaque jour.
Et peut-être qu’au final, c’est cela qui reste : que la vie ne se défend pas seulement par des mots, mais par ce que nous choisissons de faire pour elle, chaque jour. Par la manière dont nous répondons lorsque quelqu’un a besoin d’aide. Par le courage de ne pas rester indifférents. Car parfois, pour une mère, la différence entre le désespoir et l’espoir n’est pas un discours… mais une personne qui a choisi d’être là.